Obligation vérifiée le 29 août 2026. Les travaux entrent dans le champ de l’article 1792 du code civil lorsqu’ils portent sur un ouvrage et qu’un dommage peut en compromettre la solidité ou le rendre impropre à sa destination. L’assurance décennale doit alors être souscrite avant l’ouverture du chantier, conformément à l’article L241-1 du code des assurances.
Les points à examiner portent sur la nature réelle de la prestation, son incidence sur le bâti et la gravité possible des désordres après réception.
- La responsabilité décennale ne dépend pas du statut de l’entreprise, mais des travaux de construction effectivement réalisés.
- Une rénovation peut relever de l’article 1792 lorsqu’elle crée, incorpore ou transforme durablement un ouvrage existant.
- Un défaut esthétique ou un équipement facilement remplaçable ne relève pas automatiquement de la garantie décennale.
- La réception déclenche le délai de dix ans et fixe le point de départ des garanties légales de construction.
- Le libellé d’activité figurant sur l’attestation doit correspondre précisément à la prestation commandée.
Cette page concerne les professionnels intervenant directement pour le maître d’ouvrage sur un chantier en France. Elle distingue l’assurance décennale du constructeur et l’assurance dommages-ouvrage du maître d’ouvrage, sans trancher la prise en charge d’un sinistre précis.
Quels travaux de construction relèvent de l’article 1792 du code civil
L’article 1792 du code civil, version en vigueur au 14 mars 2026 et consultée le 29 août 2026, pose une responsabilité de plein droit à la charge de tout constructeur d’un ouvrage. Cette responsabilité naît lorsque les dommages affectant la solidité rendent la construction instable, fragile ou exposée à un risque de ruine.
Le même article vise aussi les désordres qui rendent l’ouvrage impropre à sa destination. Cette formule ne signifie pas qu’un défaut doit empêcher toute utilisation du bâtiment. Elle suppose que l’usage normalement attendu ne puisse plus être assuré dans des conditions acceptables de sécurité, de salubrité ou de fonctionnement.
Une infiltration généralisée sous une couverture, un affaissement de plancher, des fissures évolutives sur un mur porteur ou une étanchéité défaillante d’une terrasse peuvent entrer dans ce cadre. La qualification dépend de l’effet réel du désordre sur l’ouvrage, et non du seul nom donné au défaut lors de sa découverte.
La construction neuve n’est pas le seul terrain de la décennale
Les travaux de construction comprennent naturellement les fondations, murs, charpentes, couvertures, planchers, réseaux encastrés et travaux de gros œuvre. Ils incluent aussi certaines interventions sur l’existant lorsque celles-ci modifient durablement le bâti ou créent un élément assimilable à un ouvrage.
Une extension, une surélévation, la création d’une terrasse solidaire du bâtiment, la réfection complète d’une toiture ou la reprise structurelle d’un plancher peuvent relever du régime décennal. La rénovation lourde n’est donc pas exclue parce qu’elle intervient sur une construction déjà achevée.
À l’inverse, repeindre une pièce, poser un revêtement décoratif sans incidence sur l’usage du local ou remplacer un meuble de cuisine ne suffit pas, en principe, à faire entrer l’intervention dans le champ de l’article 1792. Le chantier peut relever d’une responsabilité civile contractuelle, mais cette qualification ne crée pas automatiquement une responsabilité décennale.
La notion d’ouvrage exige une analyse matérielle. Il faut regarder ce qui est réalisé, sa fixation au bâtiment, son rôle dans la destination des lieux et les conséquences de son éventuelle défaillance. L’intitulé commercial d’une prestation ne remplace jamais cette vérification.
| Nature de l’intervention | Effet possible sur le bâtiment | Régime à examiner | Élément déterminant |
|---|---|---|---|
| Création de fondations ou reprise en sous-œuvre | Stabilité de la construction | Responsabilité décennale | Risque direct pour la solidité |
| Réfection complète de toiture avec étanchéité | Protection contre les infiltrations | Responsabilité décennale possible | Impropriété à destination si le bâtiment devient inhabitable ou inutilisable |
| Pose de chauffage au sol encastré | Fonctionnement durable et retrait destructif | Article 1792-2 à examiner | Élément indissociable du bâti |
| Pose de volets remplaçables | Confort et fermeture des ouvertures | Garantie de bon fonctionnement ou responsabilité contractuelle | Équipement dissociable, sauf impropriété globale démontrée |
| Travaux de peinture décorative | Aspect visuel des surfaces | Responsabilité contractuelle | Absence habituelle d’atteinte à la destination ou à la solidité |
Ce croisement montre qu’un même type de métier peut intervenir sur des prestations soumises ou non à la décennale. L’analyse ne doit donc jamais s’arrêter à la qualité d’artisan, de maître d’œuvre ou d’entreprise générale.
La loi du 4 janvier 1978, souvent désignée comme loi Spinetta, a organisé ce régime pour sécuriser la maîtrise d’ouvrage et la circulation ultérieure du bien. La protection bénéficie au maître d’ouvrage initial, mais aussi aux propriétaires successifs pendant le délai restant à courir.
Le point de départ reste la réception des travaux. Cette réception est définie par l’article 1792-6 du code civil, version en vigueur au 14 mars 2026, consulté le 29 août 2026, comme l’acte par lequel le maître d’ouvrage déclare accepter l’ouvrage, avec ou sans réserves.
La réception n’efface pas les défauts cachés qui atteignent ensuite la gravité décennale. Elle organise au contraire le début des délais légaux. C’est pourquoi les documents de réception, réserves, factures et échanges techniques doivent être conservés avec la même rigueur que l’attestation d’assurance.

Quels dommages affectant la solidité ou la destination sont couverts
La garantie décennale ne couvre pas tous les défauts constatés après des travaux. L’article 1792 vise les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination. La gravité du désordre est donc la frontière principale entre la décennale, les autres garanties légales et la responsabilité civile de droit commun.
Un défaut peut affecter la solidité sans provoquer un effondrement immédiat. Des fondations insuffisantes, une charpente qui se déforme, une dalle qui s’affaisse ou des fissures traversantes peuvent révéler une atteinte structurelle progressive. Le risque doit être apprécié techniquement, au regard de la pérennité de la construction.
L’impropriété à destination concerne la fonction du bâtiment. Une maison destinée à l’habitation doit pouvoir être occupée. Un local professionnel doit pouvoir remplir l’usage prévu au contrat. Des infiltrations répétées, une absence durable d’étanchéité, un réseau d’évacuation inutilisable ou un système de chauffage intégré totalement défaillant peuvent conduire à cette qualification.
Les éléments indissociables entrent dans un régime renforcé
L’article 1792-2 du code civil, version en vigueur au 14 mars 2026 et consultée le 29 août 2026, assimile aux dommages de l’article 1792 ceux qui affectent un élément d’équipement lorsque sa dépose, son démontage ou son remplacement ne peut s’effectuer sans détérioration ou enlèvement de matière de l’ouvrage.
Un plancher chauffant noyé dans une dalle, des canalisations encastrées ou un escalier maçonné relèvent habituellement de cette logique. Leur remplacement impose une intervention lourde sur la structure ou les revêtements. La question n’est pas seulement de savoir si l’élément est technique, mais s’il est matériellement lié au bâti.
Les éléments dissociables relèvent, en principe, de la garantie de bon fonctionnement prévue par l’article 1792-3 du code civil, version en vigueur au 14 mars 2026, consultée le 29 août 2026. Cette garantie dure deux ans à compter de la réception. Elle vise notamment les équipements qui peuvent être retirés sans atteinte à la construction.
La distinction ne doit pas être utilisée comme un automatisme. Un équipement dissociable peut engager la responsabilité décennale lorsqu’il rend l’ouvrage entier impropre à sa destination. La jurisprudence retient alors l’effet du dommage sur le bâtiment dans son ensemble, plutôt que la seule méthode de pose de l’équipement.
Un radiateur aisément remplaçable ne relève pas, par lui-même, du même régime qu’une canalisation encastrée. En revanche, la défaillance générale d’une installation de chauffage dans un logement peut devenir une question d’impropriété à destination selon les circonstances, la période d’utilisation et l’usage attendu des lieux.
Les défauts esthétiques forment une catégorie distincte. Une nuance de peinture, une rayure limitée, un joint irrégulier ou un carreau présentant un défaut visuel ne relèvent pas normalement de l’article 1792 s’ils n’altèrent ni la solidité ni l’usage. Ils peuvent toutefois soulever une question de conformité des travaux au contrat.
La conformité des travaux et la garantie décennale ne se confondent donc pas. Un ouvrage peut être non conforme à une commande sans être impropre à sa destination. Inversement, un désordre très grave peut relever de la décennale même lorsque les travaux ont été formellement réceptionnés sans réserve apparente.
Les vices cachés ne se confondent pas davantage avec les désordres décennaux. Le régime des vices cachés concerne la vente et repose sur des règles propres. Dans la construction, l’article 1792 organise un régime spécial de responsabilité des constructeurs, attaché à l’ouvrage et à la réception.
La responsabilité est dite de plein droit. Le maître d’ouvrage n’a pas à démontrer une faute technique précise du constructeur pour mettre en jeu le principe posé par l’article 1792. Il doit cependant établir la réalité du dommage, son imputabilité à l’ouvrage et sa gravité au regard des critères légaux.
Une cause étrangère peut permettre au constructeur de s’exonérer. La force majeure, le fait d’un tiers ou la faute du maître d’ouvrage peuvent être discutés dans un dossier. Leur appréciation relève des preuves techniques, des contrats et, en cas de contestation, de l’assureur puis du juge. Aucun article général ne permet de prédire l’issue d’un litige déterminé.
La frontière utile demeure simple dans son principe : la décennale protège l’ouvrage contre les désordres graves, elle ne transforme pas chaque réserve de finition en sinistre de dix ans.
Qui doit souscrire une assurance décennale avant le chantier
La responsabilité de l’article 1792 vise les constructeurs d’ouvrage. L’article 1792-1 du code civil, version en vigueur au 14 mars 2026 et consultée le 29 août 2026, assimile notamment au constructeur tout architecte, entrepreneur, technicien ou autre personne liée au maître d’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage.
Le statut juridique ne modifie pas cette règle. Une entreprise individuelle, une société, un artisan exerçant seul ou une structure plus importante peuvent être concernés dans les mêmes termes dès lors qu’ils réalisent des travaux entrant dans le champ de la responsabilité décennale.
L’article L241-1 du code des assurances, version en vigueur au 14 mars 2026 et consulté le 29 août 2026, impose à toute personne dont la responsabilité peut être engagée sur le fondement des articles 1792 et suivants de souscrire une assurance avant l’ouverture du chantier.
« Toute personne physique ou morale, dont la responsabilité peut être engagée sur le fondement de la présomption établie par les articles 1792 et suivants du code civil, doit être couverte par une assurance. » L’article L241-1 du code des assurances, version en vigueur au 14 mars 2026, a été consulté sur Légifrance le 29 août 2026.
Cette obligation concerne l’assurance de responsabilité décennale du constructeur. Elle ne doit pas être confondue avec l’assurance dommages-ouvrage. Cette dernière relève, en principe, du maître d’ouvrage et vise à préfinancer certains travaux de réparation sans attendre la recherche des responsabilités.
La différence mérite d’être tenue sans approximation. Le professionnel fournit une attestation relative à sa responsabilité civile décennale. Le maître d’ouvrage vérifie, de son côté, s’il doit souscrire une assurance dommages-ouvrage avant le début du chantier. La page consacrée à la différence entre décennale et dommages-ouvrage détaille cette séparation des rôles.
Le sous-traitant n’est pas placé dans la même situation
Le sous-traitant n’est pas, en principe, lié par contrat au maître d’ouvrage. Il ne relève donc pas de la présomption de responsabilité décennale dans les mêmes conditions que l’entreprise titulaire du marché. Cette absence de lien direct ne signifie pas qu’il n’assume aucune responsabilité envers l’entreprise qui l’a missionné.
Le sous-traitant doit examiner ses obligations contractuelles et les garanties demandées par son donneur d’ordre. Une assurance de responsabilité civile professionnelle peut être requise par contrat, mais elle ne doit pas être présentée comme une assurance décennale imposée par l’article L241-1 lorsque les conditions légales ne sont pas réunies.
Cette distinction est déterminante dans les métiers d’étude et de conception. Un architecte qui contracte directement avec le maître d’ouvrage peut voir sa responsabilité engagée au titre des articles 1792 et suivants. La lecture des règles applicables à l’assurance de responsabilité de l’architecte doit rester liée à la mission réellement confiée.
Le constructeur doit remettre une attestation d’assurance avant l’ouverture du chantier. Cette attestation n’est pas un document décoratif. Elle doit permettre d’identifier l’assureur, l’assuré, la période de validité, les activités garanties, les limites territoriales et les références du contrat.
La loi ne permet pas de déduire une garantie de la seule présence d’un numéro de police. Une attestation valable sur la forme peut rester insuffisante si l’activité déclarée ne couvre pas les travaux exécutés. Une entreprise assurée pour la maçonnerie ne peut pas déduire de ce libellé qu’elle est garantie pour toute activité technique ajoutée à son offre.
Les mentions attendues sont examinées dans cette page consacrée aux mentions d’une attestation décennale. La concordance entre la prestation, le devis, les qualifications déclarées et l’attestation doit être vérifiée avant toute ouverture de chantier.
La responsabilité décennale suit la nature du rôle tenu dans l’opération de construction. Elle ne se déduit ni d’une appellation commerciale, ni d’une promesse de garantie non reprise dans les documents contractuels.
Comment vérifier que l’attestation couvre réellement les travaux prévus
L’attestation d’assurance décennale doit être lue avant la signature finale du marché et, au plus tard, avant l’ouverture du chantier. Cette vérification porte d’abord sur l’identité de l’assuré. La dénomination figurant sur le document doit correspondre à celle qui émet le devis, signe le contrat et facture les travaux.
La période de validité doit ensuite couvrir la date d’ouverture du chantier. Une attestation éditée récemment ne suffit pas si elle vise une période déjà expirée ou si elle mentionne une suspension. La date de commencement des travaux constitue le repère légal de l’obligation d’assurance.
Le libellé des activités garanties exige une lecture mot à mot. « Maçonnerie générale » ne signifie pas nécessairement « étanchéité », « installation photovoltaïque », « pompe à chaleur » ou « construction de piscine ». L’assureur garantit les activités déclarées au contrat, dans les limites prévues par les conditions particulières et générales.
Le devis et l’attestation doivent raconter la même prestation
Une entreprise peut être sollicitée pour une opération composite. Elle peut, par exemple, assurer des travaux de couverture, réaliser des percements, intégrer une évacuation et installer un équipement. Chaque poste figurant au devis doit être rapproché du libellé d’activité garanti.
Lorsque le devis prévoit une technique particulière, un procédé non courant ou une activité accessoire, la vérification doit devenir plus stricte. L’activité concernée doit apparaître sur l’attestation ou être confirmée par un avenant écrit de l’assureur avant l’ouverture du chantier.
Le maître d’ouvrage n’a pas à interpréter seul un libellé ambigu. Il peut demander une attestation actualisée ou une confirmation écrite. Le professionnel doit, de son côté, déclarer une nouvelle activité avant de la pratiquer. Commencer les travaux puis rechercher une extension de garantie expose à un refus fondé sur l’absence d’activité déclarée.
Le même contrôle concerne les plafonds, franchises et limites territoriales lorsqu’ils sont mentionnés. Ces éléments ne permettent pas, à eux seuls, de décider qu’un sinistre futur sera indemnisé. Ils indiquent cependant le cadre dans lequel la garantie est souscrite et doivent être cohérents avec l’opération.
Une attestation décennale est distincte d’une attestation de responsabilité civile professionnelle. La seconde peut couvrir des dommages causés dans l’exercice d’une activité, mais elle ne remplace pas la couverture imposée pour une responsabilité fondée sur les articles 1792 et suivants. Les deux documents peuvent coexister sans avoir le même objet.
Les conditions générales publiques de certains contrats précisent que les dommages liés à une activité non déclarée ou non mentionnée aux conditions particulières sont exclus. La portée exacte d’une exclusion dépend du contrat souscrit et de ses documents applicables. Elle ne peut pas être reconstituée à partir d’un modèle générique trouvé en ligne.
Lorsqu’un différend porte sur la validité d’une garantie, l’assureur doit être saisi avec les documents du chantier et l’attestation. En cas de refus persistant, la médiation peut être envisagée selon les conditions d’éligibilité du dossier auprès de La Médiation de l’Assurance. La qualification juridique d’un refus ou d’un sinistre relève, selon le cas, d’un avocat ou du juge compétent.
La vérification doit aussi intégrer l’existence éventuelle de sous-traitants. L’attestation de l’entreprise principale ne garantit pas mécaniquement les obligations propres de chaque intervenant. Les contrats de sous-traitance, la répartition des missions et les assurances déclarées doivent rester cohérents.
Le document utile n’est pas celui qui porte le mot « décennale », mais celui qui relie précisément le professionnel assuré, l’activité exécutée et la date d’ouverture du chantier.
Quels risques entraîne l’absence d’assurance décennale pour le professionnel
L’absence d’assurance décennale lorsqu’elle est imposée par l’article L241-1 du code des assurances expose le constructeur à un risque pénal, civil et commercial. L’article L243-3 du code des assurances, version en vigueur au 14 mars 2026 et consulté le 29 août 2026, punit le défaut de souscription de six mois d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.
Le texte prévoit une exception pour les personnes physiques qui construisent un logement pour l’occuper elles-mêmes ou le faire occuper par leur conjoint, leurs ascendants, descendants ou ceux de leur conjoint. Cette exception ne doit pas être étendue à une activité professionnelle de construction exercée pour autrui.
La sanction pénale ne résume pas le risque. Si un dommage relevant de l’article 1792 apparaît, l’entreprise non assurée peut devoir financer elle-même les travaux de reprise, les investigations, les mesures conservatoires et les conséquences financières du désordre. La réparation peut dépasser très largement le coût initial du chantier.
Le maître d’ouvrage subit aussi les conséquences du défaut d’assurance
Le maître d’ouvrage peut agir contre le constructeur responsable pendant dix ans à compter de la réception. L’article 1792-4-1 du code civil, version en vigueur au 14 mars 2026 et consulté le 29 août 2026, fixe ce délai pour les actions en responsabilité dirigées contre les constructeurs et leurs sous-traitants.
Une action contre une entreprise non assurée peut toutefois devenir difficile à exécuter lorsque celle-ci cesse son activité, devient insolvable ou disparaît. L’existence d’une responsabilité ne garantit pas la disponibilité immédiate des fonds nécessaires aux réparations.
L’assurance dommages-ouvrage, lorsqu’elle devait être souscrite par le maître d’ouvrage, a une fonction différente. Elle préfinance certains dommages de nature décennale, puis l’assureur exerce ses recours contre les responsables et leurs assureurs. Son absence n’efface pas les responsabilités, mais elle peut retarder le financement des réparations.
Les garanties de parfait achèvement et de bon fonctionnement ne remplacent pas la décennale. La première, prévue par l’article 1792-6 du code civil, oblige l’entrepreneur à réparer les désordres signalés dans l’année suivant la réception. La seconde vise pendant deux ans certains éléments d’équipement dissociables. Leur durée et leur objet sont distincts.
Une action fondée sur les vices cachés peut parfois être discutée dans le cadre d’une vente, mais elle ne constitue pas un substitut simple au régime de construction. Elle impose ses propres conditions, ses propres délais et une analyse juridique spécifique. Elle ne dispense jamais le constructeur soumis à l’article L241-1 de son obligation d’assurance.
Le professionnel confronté à une demande d’attestation doit donc refuser les approximations. Si les travaux ne correspondent pas aux activités déclarées, la demande d’avenant doit précéder le chantier. Si les travaux entrent dans le champ de la décennale, l’absence de contrat ne peut pas être régularisée rétroactivement par une simple déclaration après sinistre.
Les sanctions applicables en cas de défaut d’assurance sont détaillées dans cette page sur le défaut de décennale et ses sanctions. Le risque doit être lu à la fois comme une question de conformité légale et comme une question de capacité financière à répondre à un désordre grave.
Le chantier doit être arrêté avant son ouverture lorsque l’attestation ne correspond pas à l’activité réalisée. Un document exact obtenu à temps vaut mieux qu’une couverture supposée, qui ne protège ni l’entreprise ni le maître d’ouvrage.
Comment documenter un désordre relevant de la garantie décennale
La constatation d’une malfaçon ne permet pas, à elle seule, de conclure à l’application de l’article 1792. Le dossier doit établir la date de réception, la nature du désordre, son évolution, les travaux concernés et son impact sur la solidité ou la destination de l’ouvrage.
Les documents les plus utiles sont le contrat, les devis signés, les factures, les plans, les échanges avec les entreprises, les photographies datées, le procès-verbal de réception et les attestations d’assurance. Ces pièces ne remplacent pas une expertise, mais elles permettent de reconstituer l’opération de construction.
Le maître d’ouvrage doit déclarer le désordre à l’assureur concerné selon les modalités du contrat, tout en informant le constructeur par écrit. Une lettre recommandée avec accusé de réception permet de décrire les désordres, de demander une intervention et de dater formellement la réclamation.
La réception des travaux organise la chronologie des recours
La réception avec réserves ne ferme pas nécessairement les recours ultérieurs. Elle distingue les défauts apparents signalés à ce moment des dommages qui apparaissent ou révèlent leur gravité après coup. Les réserves doivent être formulées avec précision, car elles servent à déterminer les obligations immédiates de l’entreprise.
Une expertise amiable peut aider à identifier l’origine d’un désordre, sa gravité et les mesures de reprise nécessaires. Lorsqu’un litige persiste, une expertise judiciaire peut être demandée devant le tribunal compétent. La désignation d’un expert judiciaire et l’interprétation des responsabilités sont des questions de procédure qui nécessitent l’intervention d’un avocat en droit de la construction.
Le délai décennal de dix ans ne doit pas être confondu avec une période d’attente. Dès qu’un dommage sérieux apparaît, les démarches doivent être engagées sans tarder afin de préserver les preuves et les recours. L’aggravation du désordre, la disparition d’une entreprise ou la perte des documents compliquent ensuite l’instruction du dossier.
La responsabilité civile du constructeur peut être recherchée sur différents fondements selon la nature du dommage, le contrat et la qualité des parties. Seule une analyse complète permet de déterminer si le régime décennal s’applique. Un professionnel de l’assurance ne peut pas décider à distance qu’un sinistre précis sera garanti.
La démarche utile consiste à faire examiner l’ouvrage par un expert indépendant, à conserver les éléments matériels et à transmettre une déclaration complète à l’assureur. Si le différend porte sur une décision d’assurance, le recours au Médiateur de l’Assurance peut être envisagé après les démarches internes prévues par l’assureur. Si le différend porte sur les responsabilités ou les délais, un avocat doit être consulté.
La maîtrise d’ouvrage conserve un rôle actif durant toute la vie du chantier. Vérifier l’attestation avant le démarrage, formaliser la réception, conserver les pièces et réagir dès l’apparition d’un désordre constituent une chaîne documentaire cohérente.
La garantie décennale ne dispense pas de surveiller les travaux. Elle fournit un cadre de responsabilité pour les dommages graves, tandis que la qualité du dossier détermine la capacité à faire reconnaître ce cadre lorsque l’ouvrage se dégrade.
Quels travaux de rénovation entrent dans le champ de l’article 1792 ?
Une rénovation relève de l’article 1792 lorsqu’elle porte sur un ouvrage ou un élément durablement incorporé au bâtiment et qu’un dommage peut compromettre sa solidité ou rendre les lieux impropres à leur destination. Une simple prestation décorative ne suffit habituellement pas.
Un équipement dissociable peut-il relever de la garantie décennale ?
Oui, lorsqu’un dommage affectant cet équipement rend l’ouvrage entier impropre à sa destination. La distinction entre équipement dissociable et élément indissociable reste utile, mais elle ne suffit pas à exclure automatiquement le régime décennal.
L’assurance décennale doit-elle être souscrite avant le devis ?
L’article L241-1 du code des assurances impose la souscription avant l’ouverture du chantier. En pratique, le professionnel doit vérifier que son activité est déclarée et garantie avant d’accepter des travaux concernés par l’article 1792.
Quelle est la durée de la responsabilité décennale ?
La responsabilité décennale court pendant dix ans à compter de la réception des travaux. L’article 1792-4-1 du code civil fixe ce délai pour les actions en responsabilité dirigées contre les constructeurs.
Une attestation décennale valide couvre-t-elle toutes les prestations de l’entreprise ?
Non. L’attestation doit couvrir l’activité effectivement réalisée. Le devis, l’activité déclarée, la période de validité et les éventuelles limites du contrat doivent être cohérents avant l’ouverture du chantier.
Le dossier complet Assurance décennale : qui doit la souscrire et pour quoi
obligations d’assurance